environnement et géopolitique, les deux aspects des forages en Méditerranée

Publié le par permisrhonemaritime

Il n y a pas meilleure entrée en matière pour la "nouvelle orientation" de mon blog que cet excellent article de Hervé Vaudoit dans la Provence du 28 Mai 2013 , reproduit ci-dessous. Il a fait un excellent travail de recherche, car les informations disponibles sur les recherches pétrolières dans nos pays voisins sont rares et difficiles à dénicher.
- Il y a d'un coté la thématique des "frontières" tracées au large de nos cotes et qui ne vont pas sans disputes:  On apprend ainsi que la France et l'Espagne ne se sont pas consultés du tout et que leurs ZEE respectives se recoupent largement. La question de l'arbitrage est clairement posée : Union Européenne, Nations Unies ... ?

Dire que l'Espagne a délivré des permis de recherches pétrolières à l'intérieur de la ZEE française ! Pour l'instant les conflits géopolitiques se règlent "à l'amiable", mais parions que cela ne saura pas toujours être la cas, surtout dans la partie est de la Méditerranée. (j'y reviendrai dans ce blog !)

- d'un autre coté la question écologique est juste abordé ici, mais apparemment en Espagne les mêmes résistances de la part des défenseurs du milieu marin se font entendre.


Le  doute commence à se lever: la création des  ZEE a bien principalement pour objectif l'affirmation des droit sur l'exploitation à venir des ressources sous-marines.

 

 

France - Espagne : le bras de fer

Les deux pays viennent de décréter une zone économique exclusive en Méditerranée, avec un vaste territoire marin revendiqué des deux côtés. Et sur lequel l'Espagne a déjà accordé des permis de prospection pétrolière

Economie - France - Espagne : le bras de fer
La Provence
Cartographie des zones d'exploitation économique françaises, espagnoles et eaux territoriales.

En bagarre depuis une bonne cinquantaine d'années pour le partage des zones de pêche en Atlantique et en Méditerranée, la France et l'Espagne s'affrontent désormais sur un autre terrain : celui du partage des éventuels gisements d'hydrocarbures en Méditerranée.

Une dispute sur le front diplomatique

Trois siècles et demi après la fin du dernier conflit armé entre les deux pays, cette dispute pourrait rouvrir un front, non pas militaire, mais diplomatique entre la France et sa turbulente voisine.

Car depuis six mois, c'est à une table de poker menteur que les deux nations semblent s'être virtuellement assises, avec pour enjeu les réserves de pétrole ou de gaz qui pourraient être découvertes dans cette zone.

Le calendrier de cette affaire est d'ailleurs éloquent.

Le 14 octobre 2012, c'est la France qui tire la première, en créant par décret - et sans négociation préalable avec l'Espagne - une zone économique exclusive (ZEE) dont les limites recoupent parfaitement celles de la zone de protection écologique (ZPE) instituée en 2004 pour lutter avec plus d'efficacité contre les dégazages sauvages au large de ses côtes.

Trois mois plus tard, l'Espagne fait feu à son tour en accordant à une entreprise britannique, Capricorn Spain Limited, douze permis de prospection pétrolière baptisés Nordeste 1 à 12 au large de la Catalogne, dont une bonne moitié à l'intérieur de la nouvelle ZEE française.

Le 17 avril, un décret royal porté par le ministère de la présidence espagnol enfonce le clou en instituant à son tour une ZEE, dont une vaste zone fait également partie du territoire marin revendiqué par la France.

Depuis, rien ne bouge entre les deux pays

Depuis, rien ne bouge entre les deux pays, à tout le moins en apparence, quand bien même cette guéguerre conduite dans une relative discrétion susciterait déjà de sérieuses inquiétudes, en France comme en Espagne.

Début décembre dernier, le député (EE-LV) de Gardanne, François-Michel Lambert, a ainsi adressé une question écrite au ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, à l'origine du décret transformant la ZPE française en ZEE.

Dans sa réponse, publiée début mars, Laurent Fabius récapitule les raisons qui avaient poussé la France à créer cette ZPE en 2004, et notamment le naufrage du pétrolier Erika, en décembre 1999, puis justifie la substitution en expliquant "qu'en matière d'exploration, d'exploitation, de conservation et de gestion des ressources naturelles se trouvant dans les eaux, sur le fond de la mer et dans son sous-sol, la création d'une zone économique exclusive s'avérait nécessaire."

D'autant plus nécessaire qu'au moment où le Quai d'Orsay formulait cette réponse, l'État ne pouvait guère ignorer la décision espagnole d'accorder des permis de prospection pétrolière à l'intérieur de cette même zone.

Prudent, le ministère des Affaires étrangères notait toutefois dans sa réponse que "la création de cette zone économique exclusive (...) ne préjuge en rien des délimitations maritimes entre États", annonçant que "les limites de la ZEE seront modifiées, le cas échéant, en fonction des accords de délimitation qui seront conclus avec les États riverains."

Pas de négociation officielle engagée

Pour l'heure, on semble assez loin d'un tel accord, aucune négociation officielle ayant été engagée entre les deux pays. Contacté, le ministère des Affaires étrangères n'a pas donné suite à nos demandes d'explications. Pas plus que le ministère de la présidence espagnol, silencieux malgré nos sollicitations réitérées.

Il est vrai que des deux côtés des Pyrénées, les questions liées à une possible exploitation pétrolière en Méditerranée restent d'une extrême sensibilité.

En France, c'est le fameux permis Rhône-Maritime, au large de Marseille et Toulon, qui avait mis le feu aux poudres en 2011.

En Espagne, ce sont les permis de prospection accordés en 2010 entre Valence et Ibiza qui avaient déclenché la colère des organisations écologistes et des professionnels du tourisme, très inquiets à l'idée de voir des plateformes d'exploitation s'installer un jour au large de leurs plages, alors même que la plateforme Deepwater Horizon crachait encore des millions de litres de brut dans le golfe du Mexique.

La plus gigantesque marée noire ayant jamais affecté les côtes américaines et mexicaines avait certes rendu inaudible le discours officiel minimisant les risques qu'une telle catastrophe puisse avoir lieu en Méditerranée.

Dans le cas des permis Nordeste, les mêmes causes risquent bel et bien de produire les mêmes effets. D'autant que le périmètre où Capricorn Spain Limited est autorisée à prospecter se situe dans le voisinage immédiat de plusieurs réserves marines reconnues, notamment celle des îles Medes, en Espagne, et à proximité de zones connues des biologistes pour abriter plusieurs espèces de cétacés.

Une autre bataille en perspective.

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