un article dans "Les Echos"

Publié le par permisrhonemaritime

en date du 26.01.2012 du journaliste Paul Molga, toujours très bien informé ....  qui nous fournit notamment une carte avec l'emplacement des séismes survenus dans ou à proximité de la zone de recherches

"Pétrole offshore : zones d'ombre dans le dossier marseillais"

Le permis de recherche d'hydrocarbures au large de Marseille paraît entaché d'irrégularités. Les écologistes veulent porter l'affaire en justice.


Le dossier de prospection pétrolière accordé à la société britannique Melrose au large de Marseille pourrait être entaché d'irrégularités, selon le WWF et un collectif d'associations écologiques qui envisagent de porter l'affaire devant les tribunaux si le ministre de l'Industrie répond favorablement avant le 19 février à la demande de prolongation du permis de recherche déposé par l'entreprise. « Le 25 juin 2010, Melrose Mediterranean a déposé une déclaration de travaux auprès des services de l'Etat pour une campagne d'acquisition de données sismiques, explique Denis Lieppe, membre du conseil scientifique du parc national de Port-Cros. L'étude d'impact environnemental fournie à l'appui annonce une prospection de 3.230 km linéaires. Or le compte rendu de la campagne qui accompagne sa demande de renouvellement fait état de 7.439 km de données sismiques, soit le double de ce qui était autorisé. »

L'arrêté préfectoral autorisant les travaux de recherche sismique ne pouvait donc pas prendre en compte l'impact environnemental réel de la campagne, notamment sur la faune sous-marine protégée dans le secteur. « Le permis aurait-il été accordé dans les mêmes conditions si l'administration avait eu connaissance de l'importance des moyens engagés dont on sait qu'ils sont potentiellement mortels pour les cétacés ? », interroge le représentant du Fond mondial pour l'environnement à Marseille, Denis Ody.

Le calendrier aurait également été dépassé, éteignant de fait le permis d'explorer. Selon une information recueillie auprès du Bureau exploration production des hydrocarbures (BEPH), la demande de prolongation du permis a été adressée au ministre par courrier du 14 juillet 2010, reçue et enregistrée dans ses services le 22 juillet 2010, soit trois jours après l'expiration du délai légal. Interrogé, le ministère de l'Industrie ne commente pas.

Forages « à très hauts risques »

Le collectif s'interroge enfin sur l'identité de la société Noble Energie France SAS qui a signé une convention de partenariat avec Melrose aux termes de laquelle l'entreprise détiendra 72,5 % des droits du permis d'exploiter dans un contrat de Farm in Agreement. « Cette société n'a qu'une boîte aux lettre domiciliée à Paris. Elle est présidée par un ressortissant britannique résidant au Texas, ne semble pas avoir d'employés, ne publie pas ses comptes, et n'est que faiblement capitalisée au regard des dizaines de millions d'euros nécessaires pour une recherche sismique 3D et des forages test offshore ultra-profonds à très hauts risques », plaide Denis Lieppe, par ailleurs chercheur à l'Université Paris-Sorbonne. L'entreprise n'est pas officiellement connue comme filiale du géant texan Noble Energy.

En reportant sur la carte les données géologiques connues, les scientifiques ont pu enfin mettre en évidence une activité sismique intense dans la zone de forage envisagée : depuis 2005, l'épicentre de 2 séismes a été localisé dans le périmètre du permis Rhône Maritime. « Forer dans une zone instable par 2.500 mètres de fonds présente un risque que personne n'est aujourd'hui capable de maîtriser comme l'a encore montré la dernière marée noire provoquée par la plateforme de Shell dans le golfe de Guinée », avertit le chercheur. Qui fait remarquer que le périmètre du permis est encadré d'une vingtaine d'aires marines et littorales protégées déployées par l'Etat depuis cinquante ans.

CORRESPONDANT À MARSEILLE
P. M.
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